6th
Greenpeace enfant de la complexité issue de l’hypermodernité
[ réaction à ce billet publié chez Fabrice Nicolino : “Ce que Greenpeace est devenu (cartes sur table)” ]
Ouaaaaaaah ! C’est ciselé, la précision du propos illustre la précision de l’action : l’ensemble évoque la puissance d’un rouleau-compresseur patiemment et méthodiquement élaborée ! Le rouleau-compresseur qui va écrabouiller l’âme de l’humanité puis anéantir celle-ci purement et simplement !
Ou comment combattre le mal par le mal, la complexité par un effort complexe induit de maitrise de la complexité. Approche qui, en adoptant les spécificités qui ont engendré et qui traversent les problématiques auxquelles elle prétend apporter une réponse, approche qui, en empruntant, A SON TOUR, ces méthodes qui sont autant de standards universellement adoptés parce que d’une diabolique et insurpassable efficacité, ajoute davantage à la complexité ! Greenpeace succombe inévitablement aux chants irrésistibles des sirènes de la modernité !
Toute cette complexité en croissance exponentielle oblige quiconque veut suivre le mouvement, rester dans le coup, à un effort d’ordonnancement qui passe par un recours accru à la modélisation. Objectif : définir finement des process opératoires de haute définition impliquant d’être mis en oeuvre rigoureusement par des profils spécifiques qui seront recrutés sur la base de critères eux aussi clairement identifiés !
Dans un univers en complexité croissante du fait de l’essor de la connaissance et des moyens de mettre celle-ci en oeuvre, la survie passe par l’adoption des instruments techniques et conceptuels grâce auxquels ce monde est organisé sur un mode de plus en plus complexe. Le temps n’est pas éloigné où il faudra un mode d’emploi pour (sur)vivre dans un tel environnement !
La conséquence logique de ce développement est la nécessaire discipline. Le terme de cette tendance c’est la servitude volontaire, version édulcorée, politiquement correcte, de l’esclavage librement consenti ! Notre monde est soumis à la dictature des ordinateurs qui l’ordonnent ! Ordonner, un verbe qui évoque tout à la fois l’ordre et le dictat énoncé par un pouvoir totalitaire !
Le totalitarisme est induit dans un milieu soumis à une logique de complexité croissante où les interactions multiples font que tout se tient en un enchevêtrement dont l’étendue et la profondeur interdisent tout traitement des parties sans que celui-ci soit conditionné en permanence par le rapport de la partie au tout. Pour que le tout fonctionne le comportement des parties doit être prévisible. Comprendre : programmé !!! Et le progamme exécuté sans bug. Sinon, risque de plantage de la machine !
Nous sommes là dans l’industrialisation de tous les échelons de l’existence. C’est tout à la fois fascinant, terrifiant et donc sidérant ! L’effet de sidération évoqué je crois par Naomie Klein dans La stratégie du choc.
Avec cette tendance magnifiquement illustrée par le tournant managérial de Greenpeace, le monde mourra guéri !
L’esprit de la rationalité couplé à l’informatique propulse l’humanité dans un univers mis en équation et piloté par des intelligences froides, narcissiquement grisées du pouvoir méphistophélique que leur confère l’attelage susdit !
La machine est lancée, emballée, pendant que tout le monde danse encore dans les salons : elle ne peut plus échapper à sa logique interne qui lui a permis d’atteindre un stade de développement à partir duquel il n’y a plus de retour possible !
L’iceberg est devant nous et quand nous l’aurons aperçu, il est fort probable qu’il sera trop tard pour stopper ou dévier le navire, quand bien même les moteurs seraient-ils renversés et la barre mise à bâbord toute ! Le vaisseau amiral de l’humanité sombrera avec celle-ci au sommet de sa gloire et de sa splendeur. Le reflet de leur image de toute puissance que les humains aiment à contempler pour satisfaire leurs besoins narcissiques, se sera alors dissipé comme s’il n’avait jamais existé !
Il y a certes les chaloupes ; mais il n’y aura pas de place pour tout le monde !
Qui a tué l’écologie ? L’hypermodernité, stade ultime du développement de la modernité. Il est à craindre qu’elle ne porte en elle les germes de sa propre disparition tel un trou noir ! Elle retournera sa puissance contre elle même pour finir par tout engloutir sous l’effet de ses propres forces … au stade où elles auront échappé à toute maîtrise !
N’oublions pas le travail déterminé d’éradication mené par le lobby scientiste et affairiste à l’encontre du principe de précaution (qui vise des risques insuffisamment connus) régulièrement amalgamé avec le principe de prévention (qui s’applique à des risques connus) pour mieux le discréditer et le faire sauter !
(sur)vivre dans ce monde devient une tâche hautement qualifiée, y compris pour le vulgum pecus ! Une prise de tête permanente. Sauf à se laisser porter, prendre en main par l’ingénierie socio-économique de haute précision mise en oeuvre par notre civilisation de consommation et de divertissement !
Bien sûr, cette vision est simpliste, binaire pourront penser certainEs. C’est exact, la situation de part sa complexité mériterait une analyse beaucoup plus élaborée, bien plus … comment dire : complexe ! ;)