11th
Ronde infinie des obstinés, lutte des classes, gRÊVE générale et autres moyens de résister : entre l’urgence d’agir maintenant et l’urgence de prendre le temps de pAnser l’avenir…
Ce matin j’ai lu deux textes :
- Ces luttes… à bout de souffle ! par Patrick MIGNARD [ je ne partage pas la vision pessimiste de l’auteur, néanmoins je considère qu’il pose de bonnes questions. Chaque chose en son temps !
- Un entretien avec François Ruffin sur son livre “La guerre des classes”, un livre “fait pour cogner” et ranimer les consciences actuellement plongées par le sous-système médiatique dans une torpeur sédative.
La synthèse de ces deux lectures m’a donné envie de prolonger sur le “papier” l’ébauche d’une réflexion amorcée depuis plusieurs mois.
Au lieu de lutte des classes, je préfère évoquer une opposition de fait entre compétiteurs/concurrents/rivaux car nous sommes placés dans un système qui organise et favorise la compétition/concurence/rivalité au profit des plus “performants”. La seule classe à laquelle je me sens appartenir est celle des humains. Et cette classe est parasitée.
Il faut donc trouver le moyen d’empêcher les parasites de nuire et, encore mieux, de se reproduire. Bouleversement structurel de l’écosystème (à quel prix ?) ou aménagement structurel de celui-ci ? Quelle que soit l’option retenue, les deux questions centrales sont celles du “quelle société veut-on construire pour nous-mêmes et les générations qui nous suivent?” et ensuite celle du “comment procède-t-on ?”.
Je préfère cette approche car tout en partant du constat de (sources) de dysfonctionnements sévères, inadmissibles et insupportables, elle ne se focalise pas essentiellement et exclusivement sur la dimension guerrière qu’induit la notion de lutte des classes.
L’objectif premier est de promouvoir un système plus vertueux, qui profite à tous et réalise les conditions de l’égalité de tous dans l’accès à une existence heureuse. Ce n’est qu’ensuite qu’intervient la nécessité de neutraliser les parasites. Nous ne menons pas un combat ; nous accomplissons avant tout une oeuvre au service de l’humanité.
Mettre au premier plan de notre réflexion des adversaires à combattre plutôt qu’un projet pacifiant de société pacifiée c’est se condamner à concentrer son énergie sur l’adversaire plus que sur le projet. Et seul le projet est porteur d’énergies créatrices : il produit des énergies à l’image de l’intention qui a présidé à son élaboration…
Autrement dit l’objectif est de construire le plus possible et de combattre le moins possible mais autant que nécessaire, et avec le moins de haine possible. Tout ceci implique une vigilance tournée… aussi vers soi-même. C’est aussi cela qui est en jeu dans l’acte de construire une société nouvelle et dans le défi/désir de faire de la politique autrement. Et je ne pense pas qu’une confrontation à connotation exagérément brutale soit propice à l’avènement d’une société d’un autre genre.
Celle-ci ne peut vraisemblablement se construire qu’avec du temps, à mesure que les consciences se forment. Alors oui il faut agir pour rendre visibles et évidentes la nocivité et la réversibilité du système tel qu’il fonctionne au profit d’une catégorie prédatrice très minoritaire en nombre. Mais il faut aussi informer la population de ce qui est envisageable et se demander à quelles conditions collectives et individuelles cela peut être accompli. Ce doit être l’affaire du plus grand nombre, si ce n’est de tous, et non seulement celle d’une avant-garde éclairée. Celle-ci ne doit pas avancer en tirant à sa suite des masses laissées dans l’obscurité de l’ignorance.
Mais bien sûr nous sommes confrontéEs à deux difficultés :
- l’urgence de réagir devant la vitesse à laquelle le monde se transforme dans le sens d’une restriction du périmètre de la démocratie politique avec ses implications aux plans de la liberté d’expression et ses conséquences économiques et sociales, voire environnementales.
- la sophistication croissante des moyens de contrôle déployés pour endiguer et réprimer les mouvements sociaux de protestation
Dans ce contexte, aucune forme de constestation et de résistance n’est donc inutile et ne doit être négligée ; de la “ronde infinie des obstinés” à la grêve générale, tous les cailloux et les grains de sables sont les bienvenus pour gripper la machine et ainsi l’empêcher de broyer nos rêves et nos vies.
Dans le même temps, toutes ces résistances doivent être accompagnées, mises à profit pour pAnser l’avenir que nous souhaitons et la façon dont nous voulons/devons/pouvons l’organiser. Ceci sans nous en remettre uniquement et paresseusement aux grilles de lecture et aux moyens d’action hérités du passé, pour utiles qu’elles puissent être cependant. Il nous appartient d’inventer l’avenir au présent à partir du matériaux que nous a légué l’histoire…
Il n’y aura pas selon moi d’autre monde possible sans prendre le temps d’impliquer activement une forte majorité des individus appelés à le construire et à le faire vivre — en cela, le construire c’est déjà le faire vivre ; si le travail de réflexion-conception n’est pas fait par les intéressés, le projet ainsi conçu risque fort d’être boiteux, voire périmé avant d’avoir servi.